Archives mensuelles : septembre 2014

winterSamuel W. Gailey signe un premier roman, noir, chez Gallmeister. Il décrit par le détail une journée tragique qui va faire sombrer Danny, un homme rendu simple d’esprit par un accident survenu lors de son enfance, dans un engrenage diabolique. Les chapitres cernent ce théâtre tragique en se focalisant autour d’un personnage. Des regards particuliers se croisent, sondant la noirceur des âmes abîmées, violentes, aux prises avec une forme de fatalité qui s’abat sur des hommes en lutte contre eux-mêmes. Danny s’adressant à un des protagonistes dira :  « T’as fait un truc rudement moche mais peut-être que tu pouvais pas t’en empêcher. Comme moi, c’est tout simplement ce que tu es ».

C’est l’Amérique des laissés pour compte qui nous est donnée à ressentir dans la froideur d’une petite ville de Pennsylvanie, celle où a grandi l’auteur, d’où peut-être l’émotion à vif qui transparait dans chacune des pages. Samuel W. Gailey s’inscrit dans une lignée d’auteurs pouvant évoquer Steinbeck ou Russel Banks et s’intègre parfaitement dans le très beau catalogue d’un éditeur qui est décidément un grand découvreur de talents.

Le roman de Maylis de Kerangal raconte l’itinéraire d’une transplantation cardiaque, depuis la mort du donneur jusqu’à la greffe finale.

kerangalSimon Limbres a 19 ans, il est surfeur et au retour d’une virée nocturne à la mer, un accident lui coûte la vie. Son corps est relié à des machines qui maintiennent ses fonctions vitales, son cœur bat encore, il faudra alors expliquer à ses parents qu’il est mort car son cerveau l’est.

Maylis de Kerangal a écrit un roman pétri de questionnements métaphysiques autour de ce qui fait la vie, la mort avec la question centrale du don d’organes. Le don, un mot qui n’est pas anodin. L’auteur a voulu faire de cette aventure humaine une chanson de geste, un genre littéraire médiéval qui conte des hauts faits, héroïques. Héroïque le don d’organe ?

Le roman nous installe dans la peau de chacun des personnages, parents et proches de la victime, personnel médical, receveuse de la greffe. C’est une aventure intérieure, infiniment complexe. La langue de l’auteur établit un rapport au monde dans toutes ses strates, de la consignation technique et médicale à un lyrisme époustouflant. Car le corps peut se réduire à une matière et s’envisager d’une manière pragmatique, les organes se prélevant sur un corps mort pour réparer un corps vivant. Mais il est aussi une représentation sacrée de la vie, les rituels venant célébrer et rappeler cela. Le cœur est un symbole, de vie, d’amour, d’émotion. De la même manière l’auteur parle des hommes dans leurs limites, enfermés dans la solitude de la tragédie mais les inscrit aussi magnifiquement au sein d’un univers perpétuellement en mouvement et traversé de part en part, entre atomes et trajectoires qui se croisent.

Un roman exigeant littérairement et qui emplit pleinement un rôle social et collectif par un questionnement universel sur ce qui fait et traverse nos vies. 

BurnsideKvaloya, petite ile norvégienne, distille son atmosphère troublante dans ce nouveau roman de John Burnside. Liv, 18 ans, s’y est installée avec sa mère, peintre, totalement dévolue à son art. C’est par le regard de l’adolescente que l’histoire nous est racontée, quelques 10 ans plus tard, nimbée d’une inquiétante étrangeté. Au début de l’été, deux frères de l’âge de Liv se noient à quelques semaines d’intervalle. Dès lors une légende surgit. Ces morts seraient le fait de la Huldra, créature issue des mythes scandinaves. Incarnée en la personne d’une jeune fille séduisante, l’attirance qu’elle suscite cristalliserait en réalité ce qu’il y aurait de plus vulnérable chez ses victimes. Symbole de nos illusions, cette légende installe le regard et l’éducation du regard au centre du roman. Le regard du peintre également, sur fond de mythe de Narcisse, rappelant que Narcisse à l’origine ne tombe pas amoureux de lui ignorant que le reflet qu’il voit est son propre reflet. Le mythe dépeint un défi qui consiste à se voir comme faisant partie intégrante du monde. Le roman interroge notre être au monde et avant tout le monde de l’adolescence. Roman initiatique donc, également conte qui fait évoluer l’histoire sur le terrain mouvant d’une réalité baignée d’onirisme où tout ce qui a été raconté pourraient n’être que du registre du rêve.

Burnside signe un roman fascinant tant par la beauté et l’inquiétante étrangeté qui en émanent que par sa capacité à aspirer le lecteur en l’intégrant totalement dans cette quête et ces questionnements.

Les Sandales d'Empédocle | Mentions légales | Conception par DynAgence.fr, élaboration de site internet a Besançon Réalisé par DynAgence.fr : création site internet à Besancon.