Archives mensuelles : août 2018

kerangal un monde...

Paula devient étudiante en beaux-arts, pas une étudiante modèle qui choisit la peinture, une étudiante au parcours et au physique chaotiques, elle se cherche et elle louche. Et déjà cela fait du bien d’aller à la rencontre d’un personnage comme elle, tout en quête maladroite, tentant de se débarrasser des déterminismes sociaux et familiaux. Paula apprend donc l’art du trompe-l’oeil, elle copie. Et pour apprendre l’art du trompe-l’oeil, elle apprend rapidement qu’apprendre, c’est avant tout sortir et aller boire une bière. Le coloc Jonas devient donc ami, rapprochement de corps et d’esprit, comme cela vient, et Kate surgit pour constituer un trio d’amis étudiants confrontés à la hardiesse d’un apprentissage rudoyant les corps. Et puis le temps de l’école s’achève, celui des petits boulots commence, qui s’enchaînent dans un rythme éphémère, vulnérable, les relations si pleines d’amitié s’éloignent et Paula se retrouve à Cinecitta, peignant des fresques pour le cinéma mythique où résonnent les noms de Fellini ou Scorcese, temple pourtant dévoyé, soumis aux règles économiques de la mondialisation, et où l’on retrouve davantage de tournages de films publicitaires ou de clips que l’on ne croise Nanni Moretti. Et puis les grottes de Lascaux où Paula reproduit les peintures préhistoriques préservées du public depuis sa fermeture en 1963 et où les chefs d’oeuvre présentés au public sont des copies. Mais ces copies prennent lieu de vérité. Fiction, vérité…

Maylis de Kerangal engouffre ses personnages dans les strates du temps, préhistoire de Lascaux et marbres, mythes et légendes enfouis, interroge la peinture dans sa capacité à rendre le monde accessible. Et ceci dans le style unique qui est le sien. Toujours en mouvement et dans une énergie concrète, sexuelle, de matière, le roman selon Maylis de Kerangal est une expérience du monde, une manière de vivre pour s’approprier la matière en même temps qu’une inscription du monde dans des corps. Son écriture est physique, elle nomme sans jugement, accueille et interroge le monde et ses personnages.

« Réparer les vivants », roman d’une transplantation cardiaque sublime, nous avait bouleversés, durablement. On retrouve ici la puissance de son écriture qui tient aussi à une universalité, un enchevêtrement des corps, du temps et du monde.

Et quel plaisir de retrouver  Maylis de Kerangal  aux Sandales mardi 9 octobre dès 16h pour une dédicace et à 19h15 pour une rencontre!!! Soirée sur réservation…

sohie divry

Suite à un braquage de banque, un homme est jugé et emprisonné. Commence pour lui l’enfer du monde carcéral, privation de liberté, d’identité, de dignité. Sophie Divry nous immerge dans cet univers corps et âme, nous faisant ressentir la promiscuité, la souffrance d’être dépossédé de soi, de sa solitude. Et puis nous fait basculer dans un tout autre monde.
Un accident nucléaire a détruit la moitié de la population et notre personnage se retrouve dans la nature, à fuir et se cacher. Prisonnier-Robinson il doit faire l’épreuve de la solitude. Fantasme de visiter un monde vide de ses habitants, de pouvoir s’en attribuer les richesses matérielles en s’introduisant dans les supermarchés, les maisons vides mais très rapidement la solitude, et d’autant plus la solitude au sein de la nature, devient redoutable, exige de la discipline. Et en creux, ce roman pose la question de la nécessité de la relation aux autres comme construction de soi.
Sophie Divry a incontestablement l’art d’immerger son lecteur, de le happer avec un immense plaisir.

dag solsdad onzieme livre

Seulement deux romans de cet auteur reconnu et récompensé en Norvège ont été publiés en France. Honte et dignité a été publié aux éditions des Allusifs en 2008. Son écriture lancinante est parfois comparée à celle de Thomas Bernhard. On croise aussi l’ombre d’Ibsen. Description d’une conscience moderne face aux conventions sociales, à l’aliénation, ce texte décrit la crise existentielle d’un cinquantenaire qui tente de déjouer la main du destin – Sommes-nous libres de choisir notre vie? – dans un acte aussi gratuit qu’absurde.

Préface (admirative) de Murakami.

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